LA MÈRE NOIRE DES PROFONDEURS
2017
Unique
Signed
Material: Porcelain, Japanese Gofun, glass (eyes), brass, leather, human hair.
Dimensions: 50 x 25 x 16 cm
Private Collection

FR/EN
La Mère Noire des Profondeurs
(Nigredo – Coniunctio)
La Mère Noire des Profondeurs appartient au temps de la nigredo.
Elle surgit là où la lumière ne précède plus, là où le sujet est dissous dans sa propre matière psychique.
Ce corps n’est pas un corps vivant, mais un corps alchimique : un vase.
Un contenant pour ce qui, dans l’être, ne peut être pensé sans être d’abord traversé. Le grès, le gofun, l’os, le laiton et le cuir forment une matière composite, analogue à l’âme elle-même, faite de strates, de résistances et de mémoires archaïques.
La figure est articulée, mais immobile.
Cette immobilité est essentielle : elle indique l’arrêt du moi, la suspension de la volonté, le moment où l’ego ne peut plus avancer sans se défaire. Les articulations deviennent des seuils psychiques — lieux de fracture, mais aussi de passage — où les opposés cessent de se combattre pour entrer en tension féconde.
La chevelure humaine, excessive, plonge vers le bas comme une descente dans l’inconscient. Elle matérialise l’attraction du chthonien, la gravité de la Mère obscure, celle que Jung nomme l’archétype du Féminin primordial : matrice, abîme, et fondement de toute transformation.
La Mère Noire n’est pas une figure maternelle au sens affectif.
Elle est la matrice de l’individuation. Celle qui dévore les formes anciennes afin que le sujet cesse de s’identifier à son image consciente. Elle est l’utérus et la tombe, le lieu où l’âme est rendue à son état informe.
Les structures qui contraignent le corps ne sont ni des entraves ni des instruments de domination : elles sont des ligatures alchimiques. Elles maintiennent les éléments ensemble pendant l’opération, empêchant la dispersion psychique, autorisant la lente cuisson de l’être.
Dans cette œuvre, le mariage n’est pas une union pacifiée.
Il est une coniunctio oppositorum, une alliance violente entre l’humain et le divin, le conscient et l’inconscient, la forme et l’informe. Ce mariage ne sauve pas : il transforme.
La Mère Noire des Profondeurs ne promet aucune rédemption.
Elle exige la descente, l’acceptation de l’obscur, la perte des certitudes.
Mais dans cette nuit, une autre verticalité se prépare.
Car toute nigredo véritable contient déjà la possibilité de l’or.



