Poésie
2016




FR/EN
PROPHÉCIE
Nous sommes des meutes de chiens
assoiffés de vanité qui parcourons le temps
Nos consciences se sont écrasées sur l’autoroute
comme des flaques de vies laissées
qui s’écoulent au beau milieu d’un paysage
d’aire de repos
Nos gueules vides.
de désespoir
cherchent une dernière goutte de jour
pour respirer
une lumière sans fatigue
Ce sentiment de soi-même
un mélange de couleurs
qui ne veut pas dire grand-chose
Et puis ne pas oublier de garder
une forme triste pour le souvenir
et de se rappeler, bien sûr, qu’il faudra changer
l’eau des fleurs pour éviter que la tristesse ne se fane
La peau retournée des anges
ne brille plus et les chiens d’argile
ont séché leurs larmes
Un nid d’infortune pour l’oiseau
en disgrâce
Tu cherches à comprendre l’intention
de tes tortionnaires
il n’y en a aucune
Cette nuit de qualité
en costume de qualité
des hommes assassinent nos espoirs
Ce souvenir de l’oubli quand l’ombre
respire
les apparences
un vêtement
Aveugle dans l’hiver
sortir du labyrinthe
Il faudrait pouvoir dire merde, mais avec
beauté
Bruit de mort
Il fait nuit quand je pleure et que mes larmes
respirent un bruit de mort
Le dicteur de rêves à la bouche froide
le linge qui pleure au fond de la baignoire
allumer un cierge pour bénir les oubliés
la caresse intime des fleurs
brouillard d’impatience
Le jour du rouge
Enchaînés à la misère, ces chiens aveugles
guident nos cauchemars
Le fruit est mangé, comme un cannibale
nous dévorons nos entrailles mouillées
La bouche fermée pour se souvenir que les
brûlures sont des initiations inutiles
Il faudrait faire du gris avec les mots
une sorte de bouillie
et remplir les espaces vides
des pages grises pour attendre que quelque
chose arrive
une sorte de recette quand il n’y a rien à dire
des pages grises de bouillie entre nous et
un labyrinthe où la sortie muette a cessé
de crier
Le perdre
Mes mains gardent la mémoire du poison
je voudrais les laver à l’infini
Des pages de signes inscrits au dos
du temps qui collent à la transpiration
des verbes interdits
souligner avec la boue la ligne de cet
horizon partagé
la frontière plus longue
Pisser dans la bouche des ânes
Effort
Assise à une chaise double
une langue dure qui rentre dans la bouche
et le sexe séparé
Les trottoirs avariés ont perdu la connaissance
leur date limite dépassée, ils n’arrivent
plus à rien, à suivre qu’un chemin rempli
de merde et de souffrance
Les cabanes de l’hiver effondrées
la terre remuée et les morts qui reçoivent
encore du courrier
Plantée dans le cœur, une mâchoire animale
qui ne ment pas
les yeux blessés dans le balancement du temps
ce flirt disgracieux, ce discours discret
qui colle au mur des papiers lavés de fatigue
Dans cette caravane, une femme qui regarde
des centaines de confessions
des crachats perdus
des sanglots de trahison
des gifles d’insomnies
et le sexe séparé
La loi externe prend le dessus
La matrice est une porte
Des blessures à chaque pied
tout le monde s’en va quelque part
un cadeau de bravoure dans les bras
pour traverser le fleuve
Deux chaises sur un lit
des vestes pour des chiens
Le refoulement passe par le masque
qui recouvre
la fertilité de cette bouche qui touche
le réel
le germe
Détourner les yeux du Ciel
se retourner contre soi
Pisser de l’eau
Et les cheveux blessés
La servitude
J’avais chaud, mal au crâne
Le désordre de ces matelas pourris
qui traînent leur puanteur de ces nuits
sans sommeil
Le sucement
pour ouvrir son nom
Crâne fatigué suspendu à la mémoire
des choses
l’embouchure du fleuve
des souvenirs enfermés
Ces architectes qui ont construit ces villes
de la tristesse du monde
Le passage
vertical
le nid
Rideau baissé
chargé d’habitudes
de phrases oubliées
de couleurs sans nom
d’élastique fatigué
un amas de choses qui tombent
Des blessures de solitudes dans des cieux
perdus
Le fleuve d’abandon qui s’éloigne
et le ciel ouvert visible de nulle part
La boue du début
un os-arbre
Le corps rempli d’ennui
Il a perdu sa langue de mensonge
Je me souviens de ces yeux blessés
de cette odeur de train
sale et humide
de cette pluie froide
de toutes ces heures pourries
Une peinture sans délices
dans cette lumière éteinte
des accidents de certitude
ce langage du mythe
dans le quotidien des jours
Comme un enfer figé
le rêve suivant tourne la page
les choses se sont faites
Une matière maternelle dans la matrice
de la main.
Kotsuhiroi
Hiver 2016
