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Cette œuvre s’inscrit dans une recherche au long cours autour du corps envisagé comme lieu de transformation plutôt que comme sujet expressif. Le corps n’y est pas abordé comme un espace narratif ou psychologique, mais comme un dispositif traversé par des forces biologiques, symboliques et archaïques, souvent contradictoires, qui excèdent toute volonté individuelle.

La photographie est réalisée en tirage unique positif direct 4×5 inches, un choix technique et conceptuel déterminant. L’absence de négatif et l’impossibilité de reproduction inscrivent l’image dans une logique d’irréversibilité. Chaque photographie existe comme une occurrence singulière, proche de l’artefact ou de la relique, où le geste photographique devient un acte définitif. Cette matérialité engage une temporalité lente et exigeante, conditionnant la forme même du travail : produire peu d’images, mais les investir pleinement comme des présences.

La figure féminine enceinte apparaît dans un espace volontairement neutre, dépourvu de tout contexte identifiable. Le corps est agenouillé, partiellement contraint par des liens de cuir, le visage effacé sous un masque noir. Les mains se prolongent de plumes noires, signes d’une métamorphose inachevée. Ces éléments ne relèvent ni du costume ni de la mise en scène théâtrale ; ils fonctionnent comme des structures symboliques qui déplacent le corps hors des régimes habituels de représentation — intime, érotique ou maternel.

La grossesse est envisagée comme un processus de transformation obscure, loin de toute idéalisation. Elle n’est ni célébrée ni illustrée, mais présentée comme un état liminal, un seuil où création et perte sont indissociables. Ce qui est en jeu n’est pas la promesse d’une naissance, mais l’expérience d’un devenir sans garantie de forme finale.

L’effacement du visage suspend toute identification possible. La figure cesse d’être un individu pour devenir un corps opératoire, un corps-signifiant. La poitrine contrainte révèle une dimension ambivalente de la maternité, arrachée à ses représentations nourricières idéalisées. Les plumes noires introduisent une dimension de passage, évoquant des figures psychopompes et des états de transformation incomplète.

Cette photographie s’inscrit dans une réflexion plus large sur le corps comme dispositif rituel. Le rituel n’est pas spectaculaire ; il est minimal, silencieux, activé par la contrainte, la lenteur et l’irréversibilité du geste. La création est ici envisagée comme une traversée, impliquant toujours une part d’ombre et de perte. L’image n’explique pas : elle installe un état.

Direct positive photograph, unique print, 4×5 inches

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