ART PLAY Magazine

Interview avec Art Play magazine

Images de Kotsuhiroi ©

KOTSUHIROI Pornographe Affectif

KOTSUHIROI est un artiste contemporain basé à Paris, créant un univers sombre, hanté, érotique mais aussi nostalgique à travers des sculptures conceptuelles et de la photographie. Nous avons interrogé cet artiste mystérieux sur ses inspirations, l'identité cachée et bien d'autres choses, et avons obtenu des réponses très poétiques; nous sommes ravis de partager cette interview exclusive, uniquement sur artPLAY.

artPLAY:  Parlez-nous des influences et des inspirations de vos œuvres, il y a un lien visuel avec les cultures kink et bondage et aussi avec le shibari japonais, tout cela a-t-il été une influence?

 

Aoi:  Définir le champ des influences est complexe, les caractères émotionnels, affectifs, la nature de nos humeurs, de nos choix, les rencontres, les déceptions, les attirances, les rejets s’additionnent et se soustraient de façon presque infinie.

Nous sommes des parties poreuses qui respirons le climat d’un temps flottant.

Les relations au shibari sont multiples, je ne m’arrête pas à l’apparence visuelle ou au travail de « surface » qui existe. Le corps lié par la corde est avant tout un dialogue qui commence, apprendre les signes de l’autre, de son soi, de sa personnalité, à chercher la ligne et la courbe pour sublimer une chair vivante d’attente.

La contrainte par le nœud est une jonction de l’immobilité et du mouvement, d’un temps que l’on cherche à garder pour soi et d’un temps qui va nous échapper et s’enfuir. Ce corps privé « d’autonomie » va paradoxalement chercher en lui et autour de lui une perception et un ressenti différent; une sorte de lien vers une conscience sublime.

Le geste du corps sacralisé par la corde infinie, rituel d’une relation privilégiée entre l’être et l’expérience, le processus des sentiments déposés dans cet acte, ce temps réel qui agit comme un révélateur de réalité.

Les choses nous échappent et nous voulons les garder, les préserver, leur chuchoter des récits, leur dire que la douceur des mots est une caresse pour nos âmes blessées.

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artPLAY: Vos photographies ont une certaine qualité onirique et vintage mais aussi très érotique, parlez-nous de l'esthétique de vos visuels.

 

Aoi: L’image est le registre du « capté » et du « conjugué ». Saisir avec et au travers de l’image, les attributs et les sujets qui sont la matière de mes investigations, est un geste particulier.

Je construis une sorte de récit, sans commencement ni fin, une forme d’instant qui s’étire et s’allonge. J’enregistre un bruit de lumière, une forme d’éveil des choses silencieuses et cachées. J’attends que la parole du corps se libère pour montrer cette fragile beauté, l’image dessine dans le temps l’incertitude révélée. Ce qui est donné arrive et transmet cette respiration de vie où les choses vécues s’inscrivent et racontent le possible infini qui existe de l’autre côté.

Image-mémoire incarnée d’une vérité troublante où les actes rattachés au désir du rêveur se promènent dans le flux du temps.

artPLAY: votre véritable identité se cache à l’intérieur même de votre art, parlez-nous de ce portrait de vous qui s'est construit à travers votre travail artistique.

 

Aoi:  Le moi se structure par l’expérience et le choix. Construire son « moi » dans cette relation au « je » et aux autres est une forme d’engagement et de décision. S’appartenir prend du temps, exister par ses actes est en soi une forme de définition.

Je suis l’épaisseur de « moi »  dans cette réalité physique où mes gestes déterminent ce que je suis et ce que je ne suis pas.

« Au commencement était l’acte », Faust, Goethe.

L’acte est le choix d’un développement, il exige une constellation de choses qu’il faudra accepter et comprendre ou refuser et rejeter, mais par ces choix, par ce « touché » de l’acte, au sens figuré, l’objet « moi » formera ses cicatrices d’identité.

L’art est une forme de névrose pour le « moi », une névrose contradictoire qui consiste à s’échapper de l’enfermement et à chercher chez l’autre, l’objet d’une compréhension presque impossible. Une frontière poreuse qui fuit de toutes parts et que nous réparons inlassablement.

Ce « moi » confronté à cette réalité dans cette communauté humaine traduit ses questions dans un affect qui cherche la chambre secrète de la métamorphose. Le « moi » est une Odyssée qui dérive dans un océan d’incertitudes.

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