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URUSHI

"Un élément essentiel de l’art japonais de la laque est la technique particulière appelée urushi, qui utilise de multiples couches de laque extrêmement fines et semi-transparentes afin de créer une surface d’une radiance presque mystique et d’une profondeur sensuelle." (Susanne Fritz)

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L’urushi est une laque traditionnelle issue de la sève du Toxicodendron vernicifluum — le sumac japonais — et constitue le fondement de l’une des plus anciennes traditions artistiques d’Asie de l’Est, pratiquée depuis plus de 5 000 ans.

Ce matériau est indissociable d’une philosophie du temps long, de la précision et de la retenue. Une surface en urushi se construit par l’application successive de nombreuses couches extrêmement fines de laque, chacune étant polymérisée, puis polie avant la suivante. Le processus exige un contrôle rigoureux de l’humidité, de la température et du geste, inscrivant la fabrication dans une temporalité lente et contraignante.

Traditionnellement, l’urushi est appliqué à l’aide de pinceaux en cheveux humains. La surface est ensuite polie à l’aide de charbons très doux — souvent issus du bois de paulownia — jusqu’à atteindre une profondeur et une luminosité qui semblent émaner de la matière elle-même. Le poli final peut être réalisé uniquement avec les doigts et une huile végétale, engageant un rapport tactile direct et intime avec l’œuvre.

Dans ma pratique, l’urushi n’est pas un simple revêtement, mais un processus de transformation. Il agit comme un opérateur de seuil : il enveloppe, protège, fossilise et transforme. Le geste répétitif, soumis à des conditions strictes, engage le corps dans un rythme proche du rituel, où la matière impose sa loi et sa temporalité.

Pensées pour traverser le temps, ces œuvres ne recherchent pas la virtuosité visible, mais une densité silencieuse. L’urushi devient un lieu d’inscription où se condensent le corps, la durée et la mémoire du geste, produisant des formes conçues pour durer plusieurs siècles.

La rareté de l’urushi est intrinsèque à sa réalité matérielle : un arbre ne fournit qu’une quantité très limitée de sève par saison, et nécessite de nombreuses années pour se régénérer. Associée à l’exigence technique du processus, cette rareté confère aux œuvres en urushi une valeur qui tient autant à leur matérialité qu’au temps qu’elles cristallisent.

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